Jeudi 20 juillet 2006
Chers cousins,
on dirait bien que notre vénérable ancêtre va partir en vacances en Catalogne avec moi au lieu de continuer à vous raconter l'histoire de la famille Arnal... Bien, bien, bien : je ne suis pas très fière de moi, il me reste encore pas mal de pain sur la planche! J'ignore si le mois d'août me donnera plus d'occasion de travailler sur Zacharie... Peut-être faudra-t-il attendre septembre? mais alors là en septembre, c'est promis! Ca sera le grand come back de Zacharie!
Bises à tous!
Par Marie - Publié dans : Jeanne Arnal
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Mardi 27 juin 2006
Mais je suis toujours là... Et c'est sûr avant la fin de la semaine je trouve du temps pour continuer! A bientôt!
Par Marie - Publié dans : Jeanne Arnal
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Lundi 22 mai 2006
Petite remise au point à ce stade des souvenirs d'Oncle Zach au cas ou vous auriez un peu décroché depuis la dernière fois :-)
Zacharie Arnal (pasteur) était donc le frère cadet du grand-père paternel de mamie ,Clément, médecin. Quand Zach dit "votre cher papa" ou "mes chers enfants" il s'adresse donc au père de mamie (Emile, médecin à Dieulefit) et à ses frères et soeurs. Pour Rappel le grand-père de mamie est mort en 1903 à 74 ans. Zacharie qui avait 10 ans de moins que son frère aîné est mort en 1931 à 92 ans. Il n'avait lui même pas d'enfants, ses neveux étaient ainsi un peu comme ses enfants.
Le père de Zacharie Arnal et Clément Arnal (Emile Clément de son vrai nom...) s'appelait aussi Emile (Emile Germain Arnal) et était pasteur à Bréau dans le Gard.
Aujourd'hui, enfin, je vous présente le beau visage de notre arrière-arrière grand-oncle :-)
et le non moins beau visage de notre arrière-arrière-arrière grand-père Emile Germain pasteur à Bréau.
et la suite du texte... Bonne lecture!

















II - VIE PASTORALE DE MES  PARENTS

 

DERNIERES ANNEES DE MON PERE

 

Je n'ai pas eu, comme votre cher papa, le privilège de pouvoir vivre dans l'intimité de notre bien-aimé père, et de pénétrer dans l'âme de ce fidèle serviteur de Dieu. Je n'étais qu'un petit garçon pendant les dernières années de sa vie. Je n'ai donc pu le connaître que par les détails reçus postérieurement de la bouche de votre cher papa et de notre mère.

 

Mais pour les cinq dernières années de sa belle vie, je conserve très vivants les souvenirs de sa vie de famille et de son activité pastorale. C'est ce qui me permettra de le faire revivre devant votre esprit, et vous donnera une haute idée de votre vénéré grand­-père.

 

Premiers souvenirs de mon père

Emile Arnal était né à Aulas, Gard, le 14 Février 1804 de

l'une des branches Arnal fixées dans ce riant village des Cévennes près du Vigan. Il existe un vieux registre de cette famille Arnal remontant jusqu'au 17jème siècle, et dont Emile, votre frère, est dépositaire comme l'ainé des fils. Je ne retrace pas ici cette généalogie que pourront consulter ceux d'entre vous qui en auront le désir.

Je ne sais rien de l'enfance, de la jeunesse de mon cher père. Il fut sans doute élevé dans l'esprit de fidélité huguenote, si vivant dans cette partie des Cévennes, près du théâtre des guerres de nos Camisards. L'Eglise Réformée de France avait bien conquis enfin la liberté de son culte, et l'égalité de ses adhérents avec tous les autres Français. Mais le souffle de l'incrédulité ou du scepticisme qui se fit sentir dans le grand mouvement révolution­naire de 1789, avait aussi passé sur nos églises protestantes, où la vie religieuse ne s'élevait guère plus haut que la vague croyance en Dieu, le Dieu des bonnes gens, et à la simple morale de la vulgaire honnêteté. Il faut croire que dans la famille Arnal, la vie religieuse était un peu plus profonde par la lecture de la Bible

au culte de famille, puisque c'est dans ce milieu que notre père avait entendu l'appel d'en Haut, et embrassé la carrière pastorale.

 
Les études

 
Je ne sais où il avait pu faire ses études classiques, probablement au collège du Vigan s'il existait déjà. Une fois pourvu de son diplôme de bachelier, il était parti pour Montauban où il suivait les cours de la Faculté de théologie restaurée dans cette ville, siège d'une des anciennes Académies protestantes autorisées par l'Edit de Nantes. Les étudiants étaient alors reçus dans certaines familles, comme pensionnaires, et pour lui, c'est dans la famille Nines qu'il fut appelé à vivre pendant ses études.

C'est là qu'il pu connaître et apprécier l'aimable jeune fille de la maison, Marie, qui gagna son cœur et dont il fit la compagne de sa vie. Le mariage fut conclu avant la fin de ses études qu'il alla terminer à la Faculté de Strasbourg où il passa la dernière année scolaire.

Une fois pourvu de son grade de bachelier en théologie, il revint au pays natal avec sa jeune famille qui s'était enrichie d'un premier enfant, sa fille Marie, née je crois pendant son année d'étude à Strasbourg.



Par Marie - Publié dans : Jeanne Arnal
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Lundi 8 mai 2006
- 10 -

Mes bien-aimés parents furent très heureux de cette délivrance qui leur conservait leur plus jeune fils. Et peut-être formèrent-ils dès ce moment le vœu qu'il put être consacré au service de Dieu.
Révolution de 1848
Je ne saurais dans ces souvenirs d'enfance passer sous silence un événement qui, pour n'avoir aucun rapport avec la vie de famille, n'en a pas moins été une date dans ma vie, car il a marqué en quelque sorte ma naissance à la vie de la nation : je veux dire la Révolution de 1848. Jusque là je vivais de la vie enfantine dans mon paisible village, dans l'ignorance de la vie de la France. Tout à coup, un beau jour de Février 1848, tout le village se met en branle, les hommes poussent des cris : "A bas la tyrannie ! Vive la liberté !" Ils sautent, dansent et chantent A tue-tête la Marseillaise que j'entendais pour la première fois. Des fanfares se forment et parcourent tout le village. Des hommes, munis de haches et de cordes se mettent en marche avec enthousiasme et montent A la propriété de la Quinte, dont le propriétaire Pagès, habitant une des parties du château, notre voisin, avait offert un beau peuplier, et c'est en triomphe qu'ils reviennent portant ou traînant ce bel arbre que la foule dresse et plante dans le trou creusé dans le terrain de la Promenade, devant le château. C'est ainsi que j'appris que cet arbre était le symbole de la Liberté et qu'il s’appelait « l’arbre de la Liberté ». Le délire de la foule était irrésistible, et les plus exaltés étaient aller chercher des tonneaux de vin quand ils arrosèrent l'arbre sans racines, en criant ; avec tous las gamins dont je faisais partie: "Vive la République !" Hélas, l'arbre sans racines fut bientôt desséché, image d'une république qui n'avait pas ses racines dans des cœurs vraiment libres, et devait être quatre ans plus tard étranglée par le Coup d'Etat de Décembre 1851 par un neveu du grand Napoléon, si justement dénommé et flétri par le grand Victor Hugo, un des proscrit du coup d'état, sous le nom de Napoléon le Petit. Sans en avoir conscience à ce moment là, mon cœur s'était instinctivement ouvert au régime de la liberté, dont je devais être un des premiers à saluer le retour le 4 Septembre 1870, après le désastre de Sedan.

Fin de ma première enfance
Deux ans et demi après, en 1851, mon cher et vénéré père mourait, et son départ de ce monde allait aussi marquer la fin de ma première enfance de petit villageois pour entrer dans ma seconde enfance, celle de collégien dans le pensionnat de Mr E.Olivier, fondé par mon oncle, le Pasteur Nines à Ganges.
Jusqu'ici, mes chers enfants, ces souvenirs de famille ont du forcement prendre un caractère de souvenirs personnels, car venu au monde le dernier, quand votre cher père avait déjà dix ans, je n'ai pu conserver que de vagues souvenirs de l'enfance de mes ainés, surtout de mon frère Clément, votre père. Je lui consacrerai cependant un chapitre pour rappeler de sa jeunesse le peu que je sais, au risque de raconter ici des détails que vous connaissez déjà peut-être par lui. II était déjà au collège à Ganges quand j'arrivais à l'âge de mes cinq ans. C'est ce qui fait qu'il n'a pu laisser de traces dans mes souvenirs d'enfance A Bréau.
Par Marie - Publié dans : Jeanne Arnal
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Samedi 6 mai 2006

9 -

plantes et des fleurs exotiques, entourant une large terrasse où mes yeux contemplaient avec ravissement de vastes cages habitées par des oiseaux de toute espèce, aux plumages les plus variés et les plus éclatants venus des pays lointains. Pour les dédommager de la perte de leur liberté dans les forêts du nouveau monde où des îles du Pacifique, on leur donnait la vie au grand air dans ces vastes cages sur la terrasse, et la vie abritée dans un pavillon du salon où ils avaient accès par un long tuyau en fil de fer. Je ne me lassais pas d'admirer ces hôtes ailés qui se consolaient de leur liberté perdue par l'abondance et la variété des grains et de la verdure qui leur était servis, comme les Israelites qui oubliaient la vie libre de Canaan dans l'abondance des oignons et des potées de l'Egypte, pays de la servitude.

 

Gamineries

En vous racontant tous.ces traits d'enfance heureuse, je ne voudrais pas cependant vous laisser croire que nous étions, moi surtout, des enfants modèles, de petits saints. Loin de là ! Pour ne parler que de moi, que de souvenirs de sottises plus ou moins graves me reviennent à l'esprit. Je me laissais, par exemple, aller  à pratiquer avec les camarades du village à la maraude. Et voici une dos aventures amusantes : Un jour avec le camarade Arthur Fourès (fils de l'instituteur) et deux autres garçons, après avoir franchi le mur de clôture de notre jardin, nous avions pénétré dans la propriété voisine où de beaux cerisiers nous tentaient par leurs fruits murs à point. Après avoir grugé les bonnes griottes des basses branches, nous aspirions à monter plus haut, et pour ménager nos culottes en grimpant, nous avions découvert une échelle que nous nous apprêtions à dresser quand subitement apparait le propriétaire Bresson (dit : le Cuisinier) qui nous crie dans son bon patois : "Esperos bous qué vous pourtaraï l'escalo !" (Attendez donc que je vous porterai l'échelle!) Brrrrr! Nous prenons la fuite comme des moineaux effarouchés, et allons vite grimper notre mur pour éviter une bonne tirée d'oreilles.

        Je cite ce trait         pour établir que, comme les autres garçons de notre âge, nous avons eu dans la famille comme au dehors nos polissonneries.

 

Ma grave maladie

C'est je crois dans ma huitième année que j'eus, à mon tour, à payer un tribut a la grave maladie de la fièvre typhoïde qui avait emporte déjà deux sœurs. Je conserve le souvenir assez précis de ces longues journées passées dans le lit et des inquiétudes de notre chère maman. La maladie dans toute sa violence m'avait rendu absolument sourd, et je vois encore le visage angoissé de ma bonne mère, quand, devant mon lit, m'adressant la parole à laquelle je ne pouvais répondre que par le regard hébété de malade et de sourd, elle joignait les mains en désespérée, en s'écriant (elle me l'a raconte plus tard) : "!"Mon enfant! Mon pauvre enfant! Il demeurera sourd !" Dieu lui épargna ce surcroit d'épreuve, et avec la  guérison, l’ouïe revint, mais ce me laissant une prédisposition aux maux d'oreilles. Longue fut la convalescence, et je me souviens encore des premiers pas que mon cher père m'aidait à faire dès que je pus quitter le lit, en me soutenant d'une main, et me préparant une canne avec une tige des arbres du jardin.

Dès que je pus retourner a l'école, mes camarades m'accueillirent avec joie. Le menuisier, lui aussi, me la témoignait à sa façon en me disant devant son atelier : « Eh bé anava faïre vostro caïsso ! " A quoi je répondis en riant : "La gardarez per un aoutré ! ».

 

Par Marie - Publié dans : Oncle Zach
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Jeudi 4 mai 2006

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de collège qui piquaient ma curiosité. Ma chère sœur Uranie, en pension à Alais, avait à cœur de m'apprendre quelques petites poésies, et surtout des cantiques pour enfants dont le premier est resté dans ma mémoire : "Je dois voyager au monde, Comme un esquif sur les flots..." ou bien un petit chant d'école : "Dis-moi, légère hirondelle, Quand le printemps renouvelle, La parure de nos champs; De quelles terres lointaines, Reviens-tu jusqu'en nos plaines, Répéter tes jolis chants (bis)... "

Pendant ces vacances d'été, nous recevions assez régulièrement la visite de l'oncle Auguste, frère de notre père. Sa taille imposante, son allure militaire avec sa forte moustache, ses cheveux tailles en brosse, et sa physionomie souriante empreinte de bonté, nous attiraient ; Il se plaisait à nous prendre, moi surtout, petit gamin, sur ses genoux, pour nous apprendre quelques unes des chansons de son répertoire très varié, dont les premières strophes au moins sont encore dans ma mémoire, telles : "Bonjour Pierrot, Bonjour Jacquot, Tuons le coq ...  - Sur le bord d’une mare, Un canard habitait, Cherchant d'un air bizarre queq' chose qui lui manquait, Coi ! Coi ! Coi! … Petits oiseaux, mangez sous ma fenêtre, De ce pain noir que vous offre ma main ...  - Jeanne, Jeannette et Jeanneton, toutes trois jeunes et gentilles ... ". Tout autant de chansons honnêtes que je me plaisais à vous chanter à mon tour dans votre jeune âge, comme aussi a vos propres enfants, ce qui me donnait l'illusion de revenir moi-même à mon jeune âge.

Visite au parrain

Un grand événement, pour moi, était chaque année la visite, le jour du nouvel an, à mon parrain, Mr Bousquet de Florian, grand ami de mon cher père et l'un des chauds et premiers adhérents du mouvement de Réveil que son ministère avait provoqué dans toutes les églises du Vigan et ses alentours. Bien des jours à l’ avance, le cher papa gravait dans ma mémoire un petit compliment, et le 1er Janvier venu, papa ou maman me conduisait par la main. Je me présentais dans la belle et luxueuse (pour l'époque) demeure de ce gros bonnet d'Aulas qui avait bien voulu accepter d'être mon parrain. Je crois bien que parfois la timidité me coupa la parole, mais enfin j'arrivais à la formule : "Mon cher parrain, je vous souhaite une bonne et heureuse année, bénie de Dieu". Et tout indulgent, ce bon parrain me prenait dans ses bras, me donnait un gros baiser, et me glissait dans la main une belle pièce de cinq francs : splendide étrenne pour l'époque ! Et contemplant ou serrant dans ma petite main ce gros écu, je me croyais un des fortunés de ce monde, et apportait tout fier ce beau don à la chère maman qui, en m'embrassant, me disait que j'au¬rais une blouse neuve, ou une paire de souliers. Comme je n'avais aucune idée des belles choses qu'on pouvait acheter en ville, je trouvais le sacrifice tout naturel, et mon nouvel an me laissait tout heureux parce que je recevais un gâteau et trois ou quatre sous de pastilles. Heureux âge sans besoins !

Visite au Fesq.

Un autre de ces événements qui me faisaient pénétrer au seuil de la vie du grand monde, c'était la visita au château du Fesq, près d'Aulas, habité par la famille Mazarin de Quetrefages. Cette belle propriété, admirablement située sur le penchant d'une colline couverte de grands châtaigniers, surplombent le lit du torrent, m'apparaissait comme un vrai paradis, au croissaient de beaux citronniers et orangers dans d'énormes vases en bois peints en vert, des

Par Marie - Publié dans : Oncle Zach
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Dimanche 23 avril 2006
Et voilà je suis en vacances à Pau pour au moins 8 jours, alors le récit de Zacharie aussi. Retouvez-le à partir du 3 ou du 4 mai. A bientôt.
Par Marie - Publié dans : Les notes de Marie-Annick
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Mercredi 19 avril 2006

7 -

l'exquise pâtée dont on faisait les appétissants fricandeaux. C'était là un large approvisionnement pour l'hiver, qui serait la base de la nourriture de la famille avec les châtaignes, les pommes de terre et autres légumes du jardin, sauf pour le cher papa dont l'estomac déjà délabré par l'excès des fatigues de son ministère, réclamait une alimentation un peu plus légère. C'est pour lui qu'on avait quelquefois à faire emplette chez le boucher à Aulas à défaut de Bréau.

Que de courses j'ai eu à faire dans ce but à Aulas, ou les tantes me multipliaient les gâteries ! Quel événement quand je revenais avec un gigot de mouton pour circonstance exceptionnelle ! Dont toute la famille aurait sa part! Mais il fallait le cuire. On ne connaissait pas à Bréau le fourneau de cuisine. C'était donc à la broche que devaient être cuits gigots, volailles ou lapins pour les jours de grand extra. Le tourne broche n'est venu que tard, et c'était la besogne des enfants de faire l'office de tourne broche, ce qui parfois donnait à nos visages les mêmes tons que ceux de la bête à cuire. C'était aussi un exercice de patience dont ils étaient récompensés à table par un bon morceau.

Autres aspects de la vie de famille

Ce n'étaient pas la les seules et vraies joies de la famille, quoique cette participation aux obligations de la vie matérielle fut pour nous autant d'occasions de donner à nos parents des preuves de notre désir de leur être agréables, par notre docilité dans les petites choses qui nous formait aussi à la docilité pour les grandes selon l'Evangile.

Nous avions comme tous les enfants, nos travers et nos défauts, qui nécessitaient parfois des punitions, mais je suis bien convaincu que la simplicité de la vie à laquelle la famille était astreinte, à été pour nous une bonne école pour nous inspirer des gouts modestes et une préparation efficace à savoir comme le grand Apôtre Paul, être contents de l'états où nous servons, et dans toutes les voies où il plairait à Dieu de nous conduire.                                                                                                                      .

Quelles délicieuses soirées que l'on appelait des « veillées », quand, en hiver, sous le large manteau de cheminée de la cuisine, devant un feu pétillant de sarments de vigne, et que l'on appelait une « rabinelle », le cher papa, bien assis dans son fauteuil de paille appelé bergère, et la bonne mère, munie de son tricot, à la lumière douteuse de la petite lampe romaine, simple mèche trempant dans l'huile, ou d'une lampe a ressort appelée « pompe », nous écoutions de leurs bouches les histoires du passé, ou des récits bibliques ou de nos pères huguenots. D'autrefois c'étaient des lectures de petits traités (car nous n'avions pas les récits de voyages et d'aventures qui se sont multiplies plus tard), et je me rappelle encore la profonde émotion qui remua mon jeune cœur en lisant à haute voix devant eux l'histoire du Petit Bucheron et son chien César.

En été, ces veillées se passaient sur la terrasse sous le scintillement des étoiles dont on nous apprenait quelques noms, ou sous le beau clair de lune, dans le silence de la nuit tombante qui n'était troublé que par les cris d'oiseaux nocturnes, ou les roulades harmonieuses du rossignol. Là encore, que d'occasions de s'instruire en posant des questions sur tout ce qui éveillait notre curiosité.

Le plus souvent, il est vrai, j'étais seul à jouir de ces soirées avec les parents. Car étant le plus jeune des enfants) Le petit Benjamin, le « sougnet » (en patois du pays), mes ainés étaient dans des pensionnats pour leur instruction. Ils ne revenaient que pour les grandes vacances. Quelles joies c'était alors de se retrouver ensemble et que de choses me racontaient les ainés de leur vie

 

 

Par Marie - Publié dans : Oncle Zach
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Mardi 18 avril 2006

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les étendre progressivement sur les entablements de la magnanerie. Après la première mue, huit jours après l’éclosion, les bestioles prenaient plus d'appétit et pouvaient dévorer la feuille non triturée, et la grande occupation, après la 2è mue, était de leur procurer la feuille en quantité suffisante, en allant la cueillir à la propriété du mas de Guénet, propriété de la famille, entre Bréau et Aulas. Puis, tous les trois ou quatre jours, il fallait déliter ces petites chenilles, en étendant sur elles des feuilles de papier percées de trous ; sur ces feuilles on étendait la feuille de murier fraiche dont l'odeur attirait les chenilles que l’on pouvait ainsi transporter sur l'étagement, nettoyé des résidus de feuilles et des petites crottes

Pendant tout un mois la vie était entièrement consacrée à ce travail d'élevage, et les garçons y avaient leur part à côté des hommes et femmes embauchés, et cette vie active leur donnait, à leurs yeux, un certain air d'importance

Enfin, cinq semaines après l'éclosion, et la cinquième mue, les vers arrivaient à maturité. Il fallait alors procéder à leur donner la bruyère que l’on plantait sur les entablements en forme de tonnelle, et bientôt on les voyait à mesure grimper le long des tiges et aller choisir l'emplacement ou elles accrocheraient leur cocon. Avec quel intérêt nos yeux d’enfants suivaient les mouvements de toutes ces chenilles dont l'avant-corps se pendait dans tous les sens pour donner la forme voulue à cette petite tombe de soie dans laquelle elles s'enfermaient graduellement pour se réduire à l'état de chrysalide en attendant d'en sortir à l'état de papillons ailés. C'est cette mystérieuse transformation qui servait de leçon de choses pour nos jeunes esprits, et dans laquelle notre père) si pénétré de l'esprit de l'Evangile, nous montrait l'image de la résurrection de nos corps qui de corps corruptibles doivent sortir du tombeau incorruptibles et spirituels, comme la chenille devenue chrysalide sort de son cocon avec des ailes en brillant et léger papillon.

Le labeur de l'élevage était terminé. Mais comme le semeur attend avec joie la moisson qui lui fait oublier ses fatigues, chaque famille qui avait concentré la vie sur ce travail d'élevage, attendait aussi sa récolte. Et 10 ou 12 jours après la bruyère, il fallait procéder au dé coconnage, ou récolte des cocons enlevés des bruyères. Avec quelle satisfaction on voyait s'accumuler ces gros tas de cocons dorés ou blancs dont la vente, à 4 ou 5 francs le kilo, aux filateurs du Vigan, mettrait un peu d'aisance dans la maison, et permettrait d'équilibrer le budget de famille.

Ainsi se terminait la saison dite « des vers à soie », dont la clôture était l'occasion d'un plantureux repas de famille et des aides, ou paraissaient tour à tour gigot, jambon, volailles ou lapins, et ou la joie était bruyante sans être tapageuse ni désordonnée.

C'est aussi par un festin du même genre qu'était célébré un autre événement de la vie de la famille, celui de « l'immolation du gros pensionnaire » : le cochon, soigneusement nourri et engraissé à point par les soins de la bonne mère.

J'ai encore devant les yeux les diverses phases de cette importante opération de ménage: mort de la bête, échaudage et épilage, dépècement, préparation des boudins, des saucisses, des saucissons, des fricandeaux, des rôtis à conserver sous la graisse pour l'hiver, des jambons à saler et à fumer dans la cheminée, des larges bandes de lard à saler et à suspendre, etc.

Les enfants se hasardaient parfois à vouloir aider, et je me souviens avec fierté d'avoir garni un boyau de boudin ou de saucisse, comme aussi d'avoir, parfois, avec la fourchette, tâté la bonne…

 

Par Marie - Publié dans : Jeanne Arnal
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Lundi 17 avril 2006

alimenter le travail de la lessiveuse. Nous trouvions bien parfois la corbeille un peu lourde, et je crois bien que c'est ce qui m'a légèrement aplati le crane. Mais une fois à la rivière, tout était joie et plaisir, car les culottes retroussées, nous étions libres de nous livrer à la pèche on fouillant le dessous des rochers du torrent, ou bien, en plein été, de nous livrer à barboter tout nus, à nous étendre le dos au soleil au risque de nous rôtir la peau. Et l'après-midi, le linge bien séché sur les cailloux était à nouveau mis dans les corbeilles et ramené à la maison ou maman le recevait pour le soigner dans les vastes armoires. Le devoir était donc agrémenté d'un véritable plaisir que j'aime à me rappeler.

Puisque je parle de la rivière, je ne puis passer sous silence les baignades de l'été ou jeudis et dimanches après-midi, tous les enfants du village se rencontraient au riou magé (riviere large) partie de la rivière présentant au pied d’un large rocher, une eau profonde pour les nageurs. Ces bains duraient parfois de deux à trois heures, parce qu'ils se renouvelaient après une séchée au soleil. C'est dans une de ces baignades que survint une grave aventure pour moi. Mon frère Gédéon était avec moi. C'était un dimanche, et maman m’avait paré d'une blouse neuve serrée à la taille par un cordon avec glands en laine de plusieurs couleurs, dont j'étais très fier. La longue séance de l'eau terminée, il fallait, vers 4 heures se vêtir ; mais, ô douleur, après avoir remis chemise, bas, culotte et blouse, voila que la ceinture manque. J'étais désespéré et ma douleur s’exhalait en cris d'appel à mon frère, Gédéon! Gédéon! On m'a volé ma ceinture. Le frère, mon ainé de deux ans, prenant au sérieux son rôle d ainé, donc de protecteur, se met à observer dans tous les groupes de garçons, sans rien découvrir ; mais son œil perçant voit, au loin un gamin qui s'enfuit ; c'est peut-être le voleur pensa-t.il. Et il prend la course, arrive vers le gamin, le fouille, découvre la précieuse ceinture, et administre au petit malandrin une rossée de premier ordre. Puis il accourt vers moi en brandissant le précieux cordon et me disant avec le ton de protection triomphante : « Tiens ! voila ton cordon, ne pleure plus ! » Et l'instinct naturel de vengeance me fit presque pleurer de joie quand il ajouta : « Sois tranquille, il a reçu une rossée dont il se souviendra »• J'aime à rappeler ce trait de protection fraternelle qui me faisait oublier les taquineries dont j'étais souvent l'objet de la part de mon ainé.

Chaque printemps amenait pour la famille une occupation très absorbante, je veux parler des vers a soie • C'était le vrai moyen d'équilibrer le budget du pasteur si peu rétribué. La superbe magnanerie qui formait l'étage supérieur de la maison facilitait ce travail pour lequel une installation complète avait été faite.

Des que venait fin Avril, on procédait à la préparation de la magnanerie en appropriant les étagements sur lesquels s'étendraient ces intéressants pensionnaires à mesure qu'ils se développaient.

Une quinzaine avant la frondaison des muriers dont la feuille devait être leur aliment, notre chère mère, comme toutes les femmes du village, se transformait en poule couveuse, pour soumettre à une douce chaleur la graine des vers à soie, arrangée en petits sachets dans une petite corbeille placée dans un lit, et pendant une dizaine de jours, et plusieurs fois par jour, la maman s'y couchait pour entretenir la chaleur vivifiante. Grande joie pour nous quand on voyait enfin arriver au jour les petites bestioles, pour lesquelles on se hâtait de triturer la feuille tendre du murier. Elles occupaient d'abord très peu de place, et une corbeille suffisait à les recevoir ; mais au bout de la première huitaine, il fallait déjà …

Par Marie - Publié dans : Oncle Zach
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