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les étendre progressivement sur les entablements de la magnanerie. Après la première mue, huit jours après l’éclosion, les bestioles prenaient plus d'appétit et pouvaient dévorer la feuille non triturée, et la grande occupation, après la 2è mue, était de leur procurer la feuille en quantité suffisante, en allant la cueillir à la propriété du mas de Guénet, propriété de la famille, entre Bréau et Aulas. Puis, tous les trois ou quatre jours, il fallait déliter ces petites chenilles, en étendant sur elles des feuilles de papier percées de trous ; sur ces feuilles on étendait la feuille de murier fraiche dont l'odeur attirait les chenilles que l’on pouvait ainsi transporter sur l'étagement, nettoyé des résidus de feuilles et des petites crottes
Pendant tout un mois la vie était entièrement consacrée à ce travail d'élevage, et les garçons y avaient leur part à côté des hommes et femmes embauchés, et cette vie active leur donnait, à leurs yeux, un certain air d'importance
Enfin, cinq semaines après l'éclosion, et la cinquième mue, les vers arrivaient à maturité. Il fallait alors procéder à leur donner la bruyère que l’on plantait sur les entablements en forme de tonnelle, et bientôt on les voyait à mesure grimper le long des tiges et aller choisir l'emplacement ou elles accrocheraient leur cocon. Avec quel intérêt nos yeux d’enfants suivaient les mouvements de toutes ces chenilles dont l'avant-corps se pendait dans tous les sens pour donner la forme voulue à cette petite tombe de soie dans laquelle elles s'enfermaient graduellement pour se réduire à l'état de chrysalide en attendant d'en sortir à l'état de papillons ailés. C'est cette mystérieuse transformation qui servait de leçon de choses pour nos jeunes esprits, et dans laquelle notre père) si pénétré de l'esprit de l'Evangile, nous montrait l'image de la résurrection de nos corps qui de corps corruptibles doivent sortir du tombeau incorruptibles et spirituels, comme la chenille devenue chrysalide sort de son cocon avec des ailes en brillant et léger papillon.
Le labeur de l'élevage était terminé. Mais comme le semeur attend avec joie la moisson qui lui fait oublier ses fatigues, chaque famille qui avait concentré la vie sur ce travail d'élevage, attendait aussi sa récolte. Et 10 ou 12 jours après la bruyère, il fallait procéder au dé coconnage, ou récolte des cocons enlevés des bruyères. Avec quelle satisfaction on voyait s'accumuler ces gros tas de cocons dorés ou blancs dont la vente, à 4 ou 5 francs le kilo, aux filateurs du Vigan, mettrait un peu d'aisance dans la maison, et permettrait d'équilibrer le budget de famille.
Ainsi se terminait la saison dite « des vers à soie », dont la clôture était l'occasion d'un plantureux repas de famille et des aides, ou paraissaient tour à tour gigot, jambon, volailles ou lapins, et ou la joie était bruyante sans être tapageuse ni désordonnée.
C'est aussi par un festin du même genre qu'était célébré un autre événement de la vie de la famille, celui de « l'immolation du gros pensionnaire » : le cochon, soigneusement nourri et engraissé à point par les soins de la bonne mère.
J'ai encore devant les yeux les diverses phases de cette importante opération de ménage: mort de la bête, échaudage et épilage, dépècement, préparation des boudins, des saucisses, des saucissons, des fricandeaux, des rôtis à conserver sous la graisse pour l'hiver, des jambons à saler et à fumer dans la cheminée, des larges bandes de lard à saler et à suspendre, etc.
Les enfants se hasardaient parfois à vouloir aider, et je me souviens avec fierté d'avoir garni un boyau de boudin ou de saucisse, comme aussi d'avoir, parfois, avec la fourchette, tâté la bonne…
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